1- Les origines du Marais

Après que la Seine eut pris le cours que nous lui connaissons aujourd'hui, le bras qui passait au Nord, au pied des collines de Belleville et Montmartre se combla et forma une ceinture de marécages.
Ceux-ci furent franchis, très tôt par quelques grands axes de communication.
Dans le quartier qui nous occupe, les actuelles rues St Martin et St Antoine apparurent dès l'époque romaine.

En 879, l'empereur Charles le Chauve donna à l'abbaye Ste Opportune les marécages qu'elle mit en prairies avant d'en aliéner une partie en terres labourables.
Ces terres furent transformées en " marais ", mot parisien utilisé pour désigner des cultures de légumes et de plantes aromatiques. A la fin du Moyen-Age, beaucoup de ces " marais " furent plantés d'arbres fruitiers.
A l'origine de cette conquête des marais et de leur peuplement nous trouvons des établissements religieux et parmi ceux-ci : St Martin des Champs et la maison du Temple.

Du 14e au 16e siècle

Village saint PAUL

Philippe-Auguste, sur le point de partir en croisade, décida de protéger Paris par la construction d'une enceinte. Le quartier actuel du Marais se trouvait alors à l'extérieur de celle-ci mais des portes furent ouvertes dans cette enceinte pour faciliter l'accès aux propriétés situées hors de la ville, et une rue appelée rue des Francs Bourgeois longeait l'extérieur du mur.

Vers 1360, le futur Charles V encore dauphin, entreprit la construction d'une nouvelle enceinte englobant un territoire plus vaste que la précédente.
Le quartier du Marais est ainsi annexé à la ville et reçoit sa consécration lorsque Charles V, fuyant son Palais ( actuel Palais de Justice ) à la suite d'émeutes lui préfère l'hôtel St Paul, situé entre la rue St Antoine et le quai.
Son fils Charles VI, auquel les médecins conseillent de se divertir, en fait la maison des " Joyeux Ebattements ".

Au 18e siècle

La place royale ( actuelle place des Vosges ) créée sur l'ordre de Henry IV, devient le cur du Marais. Celle-ci devient un lieu d'élégance et de festivités. C'est par elle que princes et ambassadeurs qui faisaient leurs entrées solennelles dans Paris prirent l'habitude de passer pour s'y faire admirer.

Les grands seigneurs et les courtisans édifient à l'entour de splendides demeures que décorent les meilleurs artistes du Grand Siècle.
Au Marais s'élabore alors à cette époque le type de l'hôtel particulier à la française, construction classique et discrète entre cour et jardin à l'abri de la rue et de ses désagréments.
Les précieuses, les philosophes et les libertins y tiennent de brillants salons. Musiciens et orateurs font retentir les voûtes de St Paul et de St Gervais.

La prise de la Bastille marque la fin du Marais résidentiel.
Les hôtels furent bien souvent abandonnés, vendus ou saisis ; leurs propriétaires émigrèrent en province ou hors du royaume, certains, arrêtés, moururent sur la guillotine.

Jusqu'au 20e siècle

LE MARAIS

Les beaux hôtels loués, sous-loués, vendus, se dégradèrent peu à peu : les appartements furent divisés, les plafonds détruits, les cours transformées en ateliers pour artisans, les façades reçurent des adjonctions de toutes sortes.
Tous les milieux, jusqu'au début du 20ème siècle firent preuve d'une égale désinvolture à l'égard de ce malheureux quartier.
Seule la nécessité d'installer certaines administrations permit le sauvetage de certains monuments qui souffrirent cependant de leurs nouvelles affectations ( Hôtels de Soubise / Rohan / Carnavalet / Le Peletier ).

La commission du Vieux Paris, créée en 1897 conseilla la ville sur le choix des monuments à conserver. Celle-ci aidée par l'Etat a pu ainsi acheter des hôtels pour les affecter à une destination digne, cette fois, de leur passé ( hôtel Aubert de Fontenay dit " Salé " aujourd'hui musée Picasso ).
En 1962, sous l'impulsion d'André Malraux, la loi " Quartier sauvegardé " accorde des subventions pour restaurer les hôtels particuliers. Cette nouvelle donne a fait connaître une transformation sociale au quartier : les artisans sont partis remplacés par des milieux plus aisés. Aujourd'hui certains reprochent d'ailleurs au Marais d'avoir perdu sa vie populaire et de n'être plus qu'un " quartier musée " visité par des touristes.

Le Marais retrouve donc, peu à peu, depuis le début du 20ème siècle, son lustre, sa grandeur des 17ème et 18ème siècle, que les Parisiens avaient oubliés, semble-t-il, trop rapidement après la Révolution.

Vestiges de L'Eglise Saint-PAUL

Manifestation des Postiers en Mai 1909